Audemars Piguet x Swatch Royal Pop : la Royal Oak passe en montre de poche
La rumeur circulait depuis des jours, elle est désormais officielle
La rumeur courait depuis quelque temps, et elle commençait sérieusement à enfler. Sur les réseaux sociaux, les spéculations allaient bon train. Certains s’amusaient déjà à générer, avec l’intelligence artificielle, des images plus ou moins crédibles de ce à quoi pourrait ressembler une collaboration entre Swatch et Audemars Piguet. Comme souvent, il y avait beaucoup de bruit, beaucoup de fantasmes, et quelques indices semés avec suffisamment d’habileté pour exciter les amateurs.

Le plus parlant tenait dans un détail que seuls les collectionneurs et les observateurs un peu attentifs pouvaient identifier au premier coup d’œil : la typographie utilisée par Swatch dans son teasing rappelait très clairement celle de la Royal Oak. Un signe discret, mais suffisamment net pour mettre la communauté horlogère sur la piste.
Cette fois, le voile est levé. Audemars Piguet et Swatch lancent bien une collection commune. Son nom : Royal Pop.
Et, disons-le tout de suite, le résultat ne prend pas forcément la direction que beaucoup imaginaient.
Une collaboration Swatch x Audemars Piguet qui marque une étape importante
L’annonce n’a rien d’anodin. Swatch avait déjà prouvé, avec Omega x Swatch puis Blancpain x Swatch, qu’elle savait transformer des noms très installés de l’horlogerie suisse en objets de désir plus accessibles, plus ludiques, plus médiatiques aussi. La différence, ici, est de taille.
Omega et Blancpain appartiennent toutes deux au Swatch Group. Audemars Piguet, de son côté, reste une maison indépendante. Et pas n’importe laquelle. L’une des plus anciennes manufactures familiales de la haute horlogerie suisse, et surtout l’une de celles qui ont construit une part considérable de leur aura sur la cohérence, la maîtrise et une certaine distance vis-à-vis du vacarme.
Voir Audemars Piguet s’associer à Swatch constitue donc un pas important. Il ne s’agit pas simplement d’un nouveau crossover marketing. Il s’agit aussi d’un geste symbolique. La marque du Brassus accepte, pour un instant au moins, d’ouvrir l’un de ses codes les plus puissants à un terrain beaucoup plus populaire, beaucoup plus coloré, beaucoup plus Swatch.
Rien que pour cela, cette sortie mérite qu’on la regarde sérieusement.
Non, cette Audemars Piguet x Swatch n’est pas une Royal Oak au poignet
C’est sans doute le premier point à clarifier, car beaucoup imaginaient probablement une transposition plus ou moins directe de la Royal Oak dans l’esprit des MoonSwatch.

Ce n’est pas le chemin choisi.
La collection Royal Pop ne se présente pas comme une montre-bracelet classique, mais comme une montre de poche inspirée à la fois de la Royal Oak et des Swatch POP des années 1980. Voilà qui déplace immédiatement le sujet. Swatch et Audemars Piguet n’ont pas cherché à produire une Royal Oak simplifiée en biocéramique, ni à singer servilement l’icône de Gérald Genta. Ils ont préféré bifurquer.

Le résultat prend la forme de huit modèles en biocéramique, pensés pour être portés de différentes manières : autour du cou, dans une poche, attachés à un sac, au poignet via un système spécifique, voire posés sur un bureau grâce à un petit support amovible. Autrement dit, Swatch ne vend pas seulement une montre, mais aussi une manière différente de la porter.

Sur le papier, l’idée peut paraître gadget. Dans les faits, elle a au moins le mérite de ne pas s’engager sur le terrain glissant de la fausse Royal Oak portable à bas prix. Et ce n’est peut-être pas plus mal.
Royal Pop : ce que Swatch reprend vraiment de la Royal Oak
L’octogone, les vis, la Petite Tapisserie
Même si la Royal Pop quitte le poignet traditionnel, ses références à la Royal Oak sont parfaitement assumées. Et elles ne sont pas anecdotiques.
D’abord, il y a le boîtier octogonal, évidemment, accompagné de huit vis hexagonales qui rappellent immédiatement la lunette de la Royal Oak originelle. Ensuite, les cadrans reprennent le fameux décor “Petite Tapisserie”, l’un des signatures esthétiques les plus reconnaissables d’Audemars Piguet depuis 1972. La finition satinée verticale de la lunette et du fond de boîte vient, elle aussi, faire écho à certains codes de la maison du Brassus.

Le nombre de références n’a d’ailleurs rien d’un hasard : huit modèles, comme les huit côtés du boîtier et les huit vis de la lunette de la Royal Oak. La communication insiste lourdement dessus, certes, mais le clin d’œil reste cohérent.
Une silhouette hybride entre Royal Oak et Swatch POP
Là où la collection devient plus intéressante, c’est qu’elle n’essaie pas de jouer la copie servile. La Royal Pop ne ressemble pas à une Royal Oak miniaturisée. Elle cherche plutôt à fusionner deux univers. Le langage de la Royal Oak, d’un côté. L’esprit Swatch POP, de l’autre.

Ce mélange donne un objet un peu étrange, parfois franchement ludique, parfois presque irrévérencieux, ce qui est probablement voulu. Ce n’est pas une pièce que l’on contemplera pour sa pureté formelle, mais une interprétation pop, colorée, volontairement décalée d’un monument horloger. Le nom de la collection ne ment pas.
Huit modèles, deux architectures, et beaucoup de couleurs
La collection Royal Pop se décline en huit références réparties en deux grandes familles.
La première correspond à une lecture type Lépine, avec la couronne placée à 12 heures et une indication à deux aiguilles, heures et minutes. Elle regroupe six modèles.

La seconde adopte un style Savonnette, avec couronne à 3 heures et petite seconde à 6 heures. Elle concerne deux modèles.

Swatch mise ici sur une palette très vive, très assumée, parfois même franchement criarde. Certains noms donnent le ton : OTTO ROSSO, HUIT BLANC, GREEN EIGHT, BLAUE ACHT, ORENJI HACHI, LAN BA, OCHO NEGRO, OTG ROZ. Inutile de chercher l’élégance feutrée du Brassus dans cette nomenclature. Nous sommes dans un exercice pop, international, décomplexé, avec des contrastes de couleurs parfois très appuyés.

Cela plaira ou non, mais au moins le projet va au bout de son idée.
Un mouvement SISTEM51 à remontage manuel, et c’est peut-être l’aspect le plus intéressant
Sous le capot, les huit modèles embarquent une version manuelle du SISTEM51, ici annoncée avec 15 brevets actifs, plus de 90 heures de réserve de marche, un spiral Nivachron antimagnétique et un réglage de précision effectué au laser en usine.
C’est probablement le point le plus sérieux de la montre, au-delà de toute l’opération d’image. Le SISTEM51 reste l’un des développements les plus intelligents de Swatch de ces dernières années : un mouvement mécanique Swiss Made à assemblage entièrement automatisé, pensé pour l’industrialisation à grande échelle, mais avec une vraie personnalité technique. Le voir ici adapté en version à remontage manuel donne un peu plus de sens horloger à l’ensemble.

Un détail intéressant mérite d’être relevé : Swatch rappelle que le spiral Nivachron équipe aussi de nombreuses montres Audemars Piguet. Ce n’est évidemment pas un argument suffisant pour créer une filiation technique profonde entre les deux univers, mais c’est une manière habile de glisser un point de contact un peu plus crédible dans la conversation.
La réserve de marche visible sur le barillet, une idée bien vue
Parmi les éléments mis en avant, l’un des plus malins concerne le visuel du tambour de barillet, qui n’est pas uniquement décoratif. Il sert aussi d’indicateur de réserve de marche. Lorsque les chambres apparaissent grises et laissent deviner les lames du ressort, la montre demande à être remontée. Lorsqu’elles deviennent dorées, le ressort est comprimé et la montre est pleinement armée.

Ce n’est pas la complication du siècle, mais c’est une idée simple, lisible, amusante, et bien dans l’esprit d’une pièce qui essaie de concilier jeu, couleur et mécanique.
Biocéramique, saphir, cuir : une Swatch qui soigne quand même un peu sa fiche
Swatch n’a pas totalement bâclé l’exécution. Les boîtiers, couronnes et attaches sont réalisés en biocéramique, ce matériau désormais bien connu du public de la MoonSwatch, composé de deux tiers de poudre céramique et d’un tiers de matière biosourcée issue de l’huile de ricin. Les montres reçoivent également deux verres saphir, à l’avant et à l’arrière, tous deux traités antireflet.

Les aiguilles et index sont revêtus de Super-LumiNova Grade A, et les cordons sont en cuir de veau avec surpiqûres contrastées. Le boîtier affiche 40 mm sans le clip, ou 44,2 x 53,2 mm une fois monté sur son support, pour 8,4 mm d’épaisseur. L’étanchéité, elle, reste limitée à 2 bar. Rien d’étonnant ici.
En clair, il ne s’agit pas d’une simple babiole en plastique coloré. Swatch fait un effort de présentation et de matière, même si l’objet reste évidemment à lire pour ce qu’il est : une collaboration à forte portée symbolique et commerciale avant d’être une proposition de haute horlogerie.
Faut-il s’enthousiasmer pour cette AP x Swatch Royal Pop ?
Pas forcément. Du moins pas aveuglément.
Il serait absurde de faire semblant de découvrir ici une révolution esthétique ou horlogère majeure. La Royal Pop est d’abord une opération de collision entre deux univers. Elle n’a pas vocation à concurrencer une Royal Oak, ni même à faire croire qu’elle pourrait en être une sorte d’avatar démocratique. C’est un objet parallèle, plus espiègle, plus décalé, plus pop, qui emprunte certains codes sacrés d’Audemars Piguet pour les passer dans la machine Swatch.

Le plus important est peut-être ailleurs : dans le fait même que Audemars Piguet accepte ce jeu.
Et cela, oui, c’est un événement. Parce qu’après Omega et Blancpain, Swatch franchit ici un autre cap, en allant chercher non plus une sœur de groupe, mais une maison indépendante, à l’identité très forte, très protégée. Que l’on aime ou non le résultat, cela dit quelque chose de l’époque, du pouvoir d’attraction de Swatch, et de la capacité des grandes signatures horlogères à jouer désormais avec leurs propres mythes.
Une montre de poche pop, une Royal Oak revisitée, et une collaboration qui fera parler
La Audemars Piguet x Swatch Royal Pop n’est pas la collaboration que beaucoup attendaient. Elle est sans doute plus étrange, plus risquée, plus déroutante aussi. Et, dans un certain sens, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Au lieu de livrer une imitation paresseuse de Royal Oak à porter au poignet, Swatch et Audemars Piguet ont choisi un détour. Celui de la montre de poche, de la couleur, du pop art, de la Swatch POP ressuscitée, de l’objet hybride qui emprunte à l’icône sans prétendre la remplacer.

On pourra sourire, lever un sourcil, trouver cela amusant, inutile, intelligent ou sacrément opportuniste. Probablement un peu tout cela à la fois. Mais une chose est sûre : cette Royal Pop ne passera pas inaperçue. Et dans l’écosystème horloger contemporain, saturé de nouveautés souvent trop sages, c’est déjà une forme de victoire.
