Lederer Einstein Dial : le motif mathématique qui rend chaque cadran unique

Lederer s’attaque à un sujet pour le moins inhabituel en horlogerie : un problème mathématique qui a occupé les chercheurs pendant plusieurs décennies. Avec l’Einstein Dial, la manufacture indépendante de Neuchâtel transpose sur le cadran de son Central Impulse Chronometer un pavage géométrique capable de se prolonger sans jamais répéter exactement la même organisation.
L’idée ne sert pas simplement de décor. Lederer exploite directement cette propriété mathématique pour fabriquer des cadrans dont la composition diffère d’une montre à l’autre. Deux Einstein Dial ne peuvent donc pas présenter exactement le même motif.
Un « Einstein » qui n’a rien à voir avec Albert
Le nom pourrait prêter à confusion. Il ne s’agit pas ici d’un hommage à Albert Einstein, mais d’une référence à ce que les mathématiciens appellent un « einstein », c’est-à-dire une forme unique capable de paver une surface de manière apériodique.
Pendant plus de soixante ans, les mathématiciens ont cherché à savoir s’il était possible de couvrir une surface infinie avec une seule forme géométrique sans que son organisation finisse par se répéter.
Les recherches ont progressivement réduit le nombre de formes nécessaires. Les travaux de Roger Penrose avaient notamment permis d’obtenir des pavages apériodiques à partir de plusieurs éléments géométriques.
La percée évoquée par Lederer est venue de David Smith, ancien technicien d’imprimerie britannique passionné de mathématiques, qui a découvert une forme permettant de franchir une nouvelle étape dans cette recherche.
Bernhard Lederer s’est intéressé au sujet après avoir découvert ces travaux. Plutôt que d’imprimer simplement le motif sur un cadran, l’horloger a choisi d’en faire un élément à part entière de la construction esthétique de la montre.
Un cadran différent sur chaque Lederer Einstein Dial
C’est probablement le point le plus intéressant du projet.
Lederer ne travaille pas à partir d’un dessin fixe ensuite reproduit sur l’ensemble de la production. La manufacture génère au contraire une séquence continue du motif Einstein, puis prélève une zone différente pour chaque cadran.
La géométrie générale reste donc reconnaissable, mais son organisation change à chaque exemplaire.
Cette particularité permet à Lederer d’affirmer que chaque cadran est réellement unique, sans avoir besoin de modifier artificiellement une couleur, une finition ou un détail d’une montre à l’autre.
Le caractère unique découle directement de la structure mathématique utilisée.

Trois niveaux de relief pour faire apparaître le motif
Passer d’un dessin mathématique à un cadran de haute horlogerie était évidemment une autre affaire.
Lederer explique avoir effectué plusieurs essais avant d’arriver à la construction définitive. Chaque élément géométrique est séparé par une fine paroi, de manière à conserver une bonne lisibilité du motif.
Le cadran est ensuite travaillé sur trois niveaux de relief.
Cette construction apporte de la profondeur et fait évoluer la perception du motif avec la lumière. Sur les photographies de la montre, la zone Einstein occupe principalement la moitié droite et le centre du cadran, tandis que deux ouvertures circulaires viennent interrompre la composition entre 8 et 11 heures.
Ces deux ouvertures ne sont d’ailleurs pas de simples éléments graphiques.
Deux petites secondes ouvertes sur le calibre 9012
La Lederer Einstein Dial reprend l’architecture particulièrement identifiable du Central Impulse Chronometer.
Deux affichages de petite seconde prennent place à 8 heures et 11 heures. Les cadrans sont ajourés et laissent apparaître une partie du mouvement ainsi que ses composants en action.
Au centre, les heures et les minutes restent beaucoup plus classiques, avec de fins index appliqués et des aiguilles qui permettent au cadran de conserver une certaine lisibilité malgré la richesse technique de l’ensemble.
Le boîtier est réalisé en or rose 18 carats 5N. Avec ses 44 mm de diamètre pour 12,2 mm d’épaisseur, la montre assume des proportions assez généreuses.
Le calibre Lederer 9012 et son double échappement
Derrière ce nouveau cadran se trouve le calibre Lederer 9012, un mouvement mécanique à remontage manuel composé de 219 composants et 45 rubis.
Son architecture est nettement plus originale qu’une simple construction à deux petites secondes.

Le mouvement utilise deux barillets indépendants, deux rouages indépendants et deux roues d’échappement. Lederer y associe son Dual Detent Escapement et deux remontoirs d’égalité fonctionnant selon des cycles de dix secondes.
L’objectif de cette construction consiste notamment à fournir l’énergie aux organes réglants de manière régulière.
Le calibre fonctionne à 21 600 alternances par heure, soit 3 Hz, et offre une réserve de marche annoncée de 38 heures.
L’ensemble est visible à travers le fond en verre saphir traité antireflet.
Une finition entièrement dans le registre de la haute horlogerie indépendante
Lederer indique effectuer à la main une grande partie des finitions du mouvement.
On retrouve notamment des surfaces satinées, du grenage, du microbillage, des arêtes anglées ainsi que des composants en acier polis miroir.
La fabrication s’effectue largement au sein de la manufacture de Neuchâtel. Bernhard Lederer fait d’ailleurs partie des membres historiques de l’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants (AHCI).
Son travail sur les échappements lui avait déjà valu une reconnaissance importante en 2021, lorsque le Central Impulse Chronometer avait reçu le Prix de l’Innovation du Grand Prix d’Horlogerie de Genève.
Le nouveau cadran Einstein vient donc se greffer sur une montre dont l’intérêt mécanique était déjà établi.
Le cadran Einstein apporte une vraie identité au Central Impulse Chronometer
Les collaborations entre mathématiques et horlogerie peuvent facilement tomber dans l’exercice intellectuel un peu artificiel. Ici, l’intérêt est plus concret.
La propriété du motif influence directement la fabrication du cadran et permet à chaque montre de recevoir une composition différente.
Lederer parvient également à intégrer cette géométrie sans masquer les deux ouvertures caractéristiques du Central Impulse Chronometer ni transformer la montre en démonstration graphique difficile à lire.
Le résultat reste évidemment très particulier, mais il correspond bien à la production de Bernhard Lederer : une horlogerie indépendante extrêmement technique, fabriquée en petites quantités et dans laquelle le mouvement occupe toujours une place centrale.
Avec l’Einstein Dial, le cadran dispose désormais d’un argument tout aussi singulier.
Caractéristiques techniques de la Lederer Einstein Dial
| Caractéristique | Lederer Einstein Dial |
|---|---|
| Référence | CIC9012.50.806 |
| Mouvement | Calibre Lederer 9012 mécanique à remontage manuel |
| Échappement | Dual Detent Escapement à double impulsion |
| Composants | 219 |
| Rubis | 45 |
| Fréquence | 21 600 alternances/heure, 3 Hz |
| Réserve de marche | 38 heures |
| Fonctions | Heures, minutes, deux petites secondes |
| Petites secondes | À 8 h et 11 h |
| Particularités | Deux remontoirs d’égalité de 10 secondes, deux barillets, deux rouages et deux roues d’échappement indépendants |
| Cadran | Argent, motif Einstein unique, fabrication interne |
| Boîtier | Or rose 18K 5N |
| Diamètre | 44 mm |
| Épaisseur | 12,2 mm |
| Fond | Saphir avec traitement antireflet |
| Étanchéité | 3 ATM / 30 mètres |
| Bracelet | Cuir de veau cousu sellier |





