Un mouvement de montre plus cher est-il vraiment meilleur ?

Comment choisir mouvement montre cher est vraiment

C’est une question que beaucoup d’amateurs finissent par se poser : qu’est-ce qu’on gagne réellement en payant beaucoup plus cher pour un mouvement ? Plus de précision ? Une meilleure fiabilité ? Une montre qui durera davantage ? Un mouvement plus facile à réparer ? Ou simplement quelque chose de plus prestigieux ?

La réponse n’est pas très confortable pour l’industrie horlogère : un mouvement beaucoup plus cher n’est pas forcément beaucoup plus fiable, ni beaucoup plus précis, ni beaucoup plus durable.

Cela ne veut pas dire que la différence de prix est injustifiée. Simplement, on ne paie pas toujours ce que l’on croit payer.

Un mouvement cher ne vivra pas forcément plus longtemps

Il faut déjà oublier l’idée selon laquelle un mouvement qui coûte trois ou cinq fois plus cher va logiquement durer trois ou cinq fois plus longtemps.

Un mouvement mécanique simple, bien conçu et correctement entretenu peut fonctionner pendant plusieurs décennies. On en trouve des milliers d’exemples chez ETA, Sellita, Seiko ou Miyota, sans même parler des calibres suisses des années 1950 à 1970 qui tournent encore aujourd’hui.

Miyota est d’ailleurs un assez bon exemple de ce que j’appellerais volontiers un « tracteur ». Ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus sexy à montrer à travers un fond transparent, mais certains de leurs calibres sont robustes, éprouvés et encaissent les années sans faire beaucoup d’histoires.

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Le Miyota 9015, par exemple, fonctionne à 28 800 alternances par heure, offre environ 42 heures de réserve de marche et ne mesure que 3,9 mm d’épaisseur. Sur le papier, rien d’extravagant. Dans la réalité, c’est un mouvement moderne, compact, fiable et capable d’être très correctement réglé.

« Simple is beautiful »

Plus on ajoute de complications, plus on ajoute de pièces, de réglages, de frottements et donc de causes potentielles de panne ou de dérèglement.

Un calendrier perpétuel est une merveille mécanique. Mais si mon seul critère est de savoir quelle montre a le plus de chances de fonctionner tranquillement pendant des années avec le minimum d’ennuis, je ne parierais pas forcément sur le calendrier perpétuel face à une bonne trois-aiguilles.

La complication démontre du savoir-faire. Elle n’améliore pas automatiquement la fiabilité. Très souvent, c’est même l’inverse.

La précision n’explique pas non plus le prix

Un mouvement plus coûteux peut être mieux réglé, mieux contrôlé et plus stable. Mais là encore, il n’y a rien de proportionnel.

Le Miyota 9015 est officiellement annoncé entre -10 et +30 secondes par jour, mais un exemplaire correctement réglé peut évidemment faire beaucoup mieux. Même chose pour certains ETA ou Sellita.

Et si l’on veut des garanties chronométriques plus sérieuses, on peut aller vers des mouvements certifiés COSC, testés dans différentes positions et à différentes températures, avec notamment une marche moyenne comprise entre -4 et +6 secondes par jour pour les mouvements mécaniques concernés. C’est objectivement mieux contrôlé.

Mais il faut tout de même remettre les choses à leur place : une montre à quartz à 100 euros peut être plus précise qu’une montre mécanique à 15 000 euros. Donc si la haute horlogerie était uniquement une course à la précision, le débat serait réglé depuis longtemps. Ce n’est évidemment pas le cas.

Les mouvements « tracteurs » ont aussi un énorme avantage : le SAV

C’est un aspect auquel on ne pense pas toujours lorsque l’on achète. Prenons un ETA ou un Sellita largement diffusé. Des quantités considérables de montres en sont équipées. Les horlogers connaissent ces mouvements. Les méthodes de démontage et de réglage sont connues. Les pièces existent en nombre. On trouve également beaucoup de mouvements donneurs. C’est rassurant. Le jour où la montre a besoin d’une intervention, on ne dépend pas forcément exclusivement du fabricant.

Mouvement montre cher est vraiment details
Sellita SW200

Un mouvement manufacture très sophistiqué peut être beaucoup plus intéressant techniquement, mais il peut aussi vous enfermer dans le réseau SAV de la marque. Et avec certaines manufactures, qui dit mouvement propriétaire dit parfois également révision propriétaire, pièces propriétaires et facture propriétaire.

Ce n’est pas une critique des mouvements manufacture. Ils sont souvent ce qui rend une montre intéressante mais il faut savoir ce que l’on achète.

Pour quelqu’un qui cherche avant tout une montre à porter tous les jours, fiable et facilement entretenable, le bon vieux mouvement générique a encore de sacrés arguments.

Et pourtant, un beau mouvement peut justifier beaucoup de choses

Il y a cependant un point où je comprends parfaitement que l’on mette beaucoup plus d’argent : quand le mouvement fait partie du spectacle.

Sur une montre à fond plein, soyons francs, une partie des finitions du calibre devient presque théorique pour son propriétaire. Savoir que les ponts ont été superbement anglés ou qu’une pièce invisible a été polie à la main est intéressant intellectuellement, mais une fois la montre au poignet, on ne voit rien.

Sur un fond saphir, en revanche, ce n’est plus la même histoire, et encore davantage sur une montre squelette. Là, un très beau mouvement peut réellement devenir une partie essentielle de la montre. Des ponts joliment dessinés, des anglages nets, des vis polies, des côtes de Genève, du perlage, des roues travaillées, une belle architecture, une masse oscillante bien intégrée … cela peut être superbe et ce n’est pas forcément rationnel mais une montre mécanique elle-même n’est plus vraiment rationnelle depuis longtemps.

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Lange 1

Quand le mouvement est visible, je trouve donc parfaitement logique d’attacher de l’importance à sa beauté. Ce n’est pas la même chose que la fiabilité ou la précision. C’est simplement un autre critère. Il peut devenir extrêmement important selon la montre que l’on achète,

La finesse est également quelque chose que l’on paie

Il y a aussi des différences techniques qui ne sautent pas forcément aux yeux. Faire fonctionner un mouvement correctement n’est déjà pas simple mais faire fonctionner le même genre de mécanique dans moins d’espace est beaucoup plus compliqué.

Il faut loger le barillet, le train de rouage, le remontage automatique, l’échappement et parfois des complications en réduisant l’épaisseur du mouvement.

Un mouvement relativement abordable peut déjà être très bien conçu : le Miyota 9015 ne fait que 3,9 mm d’épaisseur.

Mais lorsqu’on veut associer finesse, grande réserve de marche, complications, résistance, précision et belles finitions, la difficulté grimpe très vite.

Le prix de certaines montres est donc directement correlé à cette prouesse qui permet d’associer des complications sans avoir une patate au poignet qui ne rentre pas sous la chemise.

Les mouvements haute fréquence

Un mouvement mécanique traditionnel ne fait pas réellement avancer la trotteuse de manière continue. À 4 Hz, comme sur énormément de mouvements modernes, l’aiguille effectue huit petits déplacements par seconde. Avec un mouvement Hi-Beat à 36 000 alternances par heure, soit 5 Hz, elle en effectue dix pour un déplacement plus fluide.

Présentation de mouvement montre cher est vraiment
Grand Seiko Hi-Beat

Cela peut aussi présenter un intérêt chronométrique, mais faire fonctionner un mouvement à haute fréquence impose davantage de contraintes : consommation d’énergie, usure, lubrification, matériaux … Il faut donc travailler sur le reste du calibre pour maintenir de bonnes performances et une réserve de marche correcte. C’est donc aussi l’ingénierie qui présente la facture.

Mais encore une fois, cela ne signifie pas que le mouvement sera plus robuste qu’un bon calibre beaucoup plus simple.

Le vintage montre bien à quel point la simplicité peut payer

Le vintage apporte d’ailleurs un exemple assez parlant. Prenez une Zenith Surf équipée d’un calibre de la famille 25xx ou une Certina DS des années 1960 ou 1970 : on trouve encore aujourd’hui des exemplaires qui tournent très bien après plusieurs décennies.

À l’époque, les fabricants misaient souvent sur des mouvements relativement simples et solides, que les horlogers pouvaient entretenir et réparer sans transformer chaque intervention en casse-tête.

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Certina

Lorsque l’on tombe sur un bon exemplaire et un mouvement dont les pièces restent disponibles, le rapport qualité-prix peut être impressionnant même s’il ne faut pas pour autant idéaliser le vintage.

Une montre vieille de cinquante ans peut avoir été mal révisée, bricolée, usée ou contenir des pièces devenues introuvables. Ce qui compte alors n’est pas seulement le modèle mais bien son état.

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Zenith

Un vieux tracteur bien entretenu peut encore labourer pendant longtemps. Un vieux tracteur massacré par dix propriétaires successifs reste un vieux tracteur massacré.

Alors, où passe réellement l’argent ?

C’est finalement là que la réponse devient intéressante. Entre un mouvement vraiment bas de gamme et un bon mouvement mécanique moderne, on peut gagner beaucoup : meilleure conception, meilleure précision de fabrication, meilleur réglage, meilleure résistance, matériaux plus adaptés, mouvement plus fin ou plus efficace.

Plus on monte en gamme, plus une partie du prix sert à acheter autre chose : de la finition, de la complexité, une architecture originale, une production plus confidentielle, du travail manuel, des complications, de la finesse, de l’exclusivité … et évidemment, parfois aussi beaucoup de marque. Il serait naïf de prétendre le contraire.

Cela ne rend pas la montre mauvaise pour autant. Cela signifie simplement qu’à partir d’un certain niveau, on n’achète plus seulement une machine destinée à donner l’heure.

Au fond, le meilleur mouvement dépend surtout de ce que l’on veut en faire

Si je cherche une montre que je vais porter tous les jours, dont je veux pouvoir faire assurer l’entretien sans transformer chaque révision en expédition chez la manufacture, un bon Miyota, ETA ou Sellita peut très bien être exactement ce qu’il me faut et je serais probablement beaucoup plus tranquille avec ça qu’avec certains calibres beaucoup plus sophistiqués.

Si je veux en revanche une montre dont je vais régulièrement retourner le boîtier pour regarder le mouvement travailler, je n’aurai pas les mêmes exigences. Là, j’aurai envie de beaux ponts, d’un joli mouvement, de finitions propres, d’une architecture intéressante.

Et si j’achète une montre squelette, alors la mécanique devient carrément une partie du cadran. Dans ce cas, mettre de l’argent dans la beauté du mouvement prend tout son sens.

Le mouvement le plus cher n’est pas forcément le meilleur mouvement.

Un mouvement simple et éprouvé peut être plus fiable, plus facile à réparer et largement assez précis pour une utilisation quotidienne. Un mouvement haut de gamme peut être plus beau, plus sophistiqué, plus fin, plus complexe et techniquement beaucoup plus intéressant. Ce ne sont simplement pas les mêmes qualités.

Personnellement, j’ai beaucoup de respect pour les « tracteurs » horlogers. Un mouvement simple, bien conçu, correctement réglé et que n’importe quel bon horloger pourra encore entretenir dans vingt ans a quelque chose de très rassurant.

Je comprends néanmoins le plaisir de retourner une montre et de rester quelques secondes à regarder un beau calibre à travers le fond saphir. Ce moment, vous le connaissez, celui au cours duquel onon ne regarde plus l’heure, on contemple la montre.

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