Kerbedanz : du sur-mesure confidentiel à des collections plus affirmées
Le salon Time to Watches n’a pas le gigantisme, la mécanique parfaitement huilée ni le décorum monumental de certains autres grands rendez-vous horlogers (notamment le petit salon confidentiel qui se tient en même temps à Palexpo dont le nom commence par « Watches » et se termine par « Wonders » …) mais Time to Watches offre quelque chose de plus direct, de plus simple, de plus vivant aussi. On y approche les marques plus facilement. On y prend le temps de regarder les pièces, d’échanger, de poser des questions, de parler technique, design, mouvements, matériaux, sans que tout soit filtré par trop de distance ou de protocole. Pour qui aime vraiment les montres, cette proximité a une vraie valeur.
C’est dans le cadre de l’édition 2026 du salon, qui se tenait du 14 au 18 avril, que j’ai pu m’entretenir avec Kerbedanz.
Je connaissais le nom, bien sûr, mais sans avoir réellement pris la mesure de ce que la maison proposait. Et c’est justement ce qui rendait la découverte intéressante. Derrière ce nom encore relativement discret dans le paysage horloger, on trouve en réalité une vraie manufacture indépendante, une vision forte, une identité déjà très construite, et surtout une collection 2026 qui marque un tournant important.
Kerbedanz, une marque que l’on connaissait de nom, mais pas assez de fond
Il y a des maisons que l’on croise depuis longtemps sans les connaître vraiment. On sait qu’elles existent, on a vu quelques images, quelques pièces, un nom revenir ici ou là, mais l’on n’a jamais réellement ouvert le dossier. C’est chose faite avec Kerbedanz lors de ma visite à Time to Watches 2026.
Fondée en 2011 à Neuchâtel, Kerbedanz est une maison indépendante portée par Kalust Zorik, président et cofondateur, Aram Petrosyan, cofondateur et Chief Designer Officer, et Vahé Vartzbed, CEO. Au-delà des fonctions, ce qui ressort immédiatement, c’est la passion. On sent des gens qui défendent une vision, qui connaissent leurs montres, qui ne récitent pas un discours trop bien repassé. C’est toujours bon signe. Et pour nous présenter cet univers, Martin Aurouze, le VP Sales Marketing de la marque, qui s’avère être un fin connaisseurs de l’horlogerie. Trêve de « name dropping », entrons dans le vif du sujet.
Kerbedanz s’est d’abord fait connaître par des créations sur mesure, des pièces uniques ou extrêmement rares, pensées dans un dialogue très poussé avec leurs clients. La maison a longtemps évolué dans ce registre presque confidentiel de la haute horlogerie personnalisée, où l’on ne parle pas simplement d’options ou de variations cosmétiques, mais d’un véritable projet horloger pensé pour une personne donnée.
Puis, progressivement, la marque a commencé à faire évoluer cette logique.
Il ne s’agit plus seulement de répondre à une commande singulière, mais désormais aussi d’exprimer une vision de maison à travers des collections plus définies, plus structurées, plus affirmées. C’est un passage délicat pour n’importe quelle marque indépendante. Beaucoup perdent leur singularité en voulant s’ouvrir davantage. Kerbedanz, au contraire, semble aujourd’hui en train de trouver un équilibre beaucoup plus intéressant.
Une maison où la mécanique fait partie du langage esthétique
Chez Kerbedanz, le mouvement n’est pas simplement un contenu noble glissé dans une belle boîte. Il participe pleinement du dessin, de la présence, de la dramaturgie de la montre.
C’est un point important, parce qu’il explique la cohérence globale de la maison. Ici, la complication ne se cache pas. Elle s’expose. Elle devient une partie du style, presque une partie de l’architecture de la pièce. On retrouve cette idée aussi bien dans les modèles les plus spectaculaires que dans les plus récents.
Cette manière de penser l’horlogerie donne des montres avec une vraie présence. Pas forcément discrètes, pas toujours consensuelles, mais habitées. Et dans un marché où beaucoup de pièces sont impeccablement exécutées tout en restant parfaitement inoffensives, cela mérite d’être noté.
Les pièces uniques, premier territoire d’expression de Kerbedanz
Avant d’aborder les nouveautés 2026, il faut rappeler d’où vient Kerbedanz.
La maison s’est d’abord construite autour des pièces uniques et des créations sur mesure. C’est un socle fondamental. Cela explique le goût de la marque pour les métiers d’art, les compositions de cadran très travaillées, les volumes assumés, les mouvements démonstratifs, les références symboliques, les pièces conçues comme des objets presque narratifs.
On ne part pas de nulle part chez Kerbedanz. La maison a développé au fil du temps une vraie culture du décor, de la gravure, de l’émail, du relief, de la scène miniature, mais aussi de la grande complication. C’est ce mélange entre puissance technique et sens du détail artisanal qui donne aujourd’hui sa profondeur à la collection.
Autrement dit, même lorsqu’elle passe à une logique plus structurée de série limitée, Kerbedanz conserve quelque chose de son origine : une manière de traiter la montre comme une création à part entière, et pas seulement comme un produit.
Maximus, le plus grand tourbillon du monde au poignet
Une pièce manifeste
Impossible de parler de Kerbedanz sans s’arrêter sur Maximus, qui reste l’une des grandes pièces emblématiques de la maison.
Maximus … Ce nom si évocateur … On pense ainsi immédiatement à ces icônes :



Mais chez Kerbedanz, Maximus, c’est d’abord une affirmation technique très claire : le plus grand tourbillon jamais monté dans une montre-bracelet (bien que nombre d’autres marques s’approprie ce qualificatif). Dans un univers où les superlatifs sont parfois employés avec une certaine souplesse, il faut le souligner. Ici, la revendication repose sur une vraie réalité horlogère.

La montre embarque un tourbillon central volant de 27 mm, spectaculaire à l’œil nu, avec une cage composée de 73 éléments en titane. Dans sa version originale KRB08, la rotation s’effectue en six minutes. La pièce est imposante, démonstrative, presque monumentale. Elle ne cherche pas la discrétion. Elle assume sa nature d’objet manifeste.

Le prix débute à partir de 200 000 CHF HT (215 000 euros environ), ce qui situe immédiatement la montre dans le territoire de la très haute horlogerie indépendante assumée.
Les quatre barillets, l’arrière de la montre et le sens du spectacle
L’un des éléments les plus intéressants de Maximus réside aussi dans sa construction, avec quatre barillets montés en parallèle. À l’arrière du boîtier, cette architecture participe autant à l’intérêt technique de la montre qu’à sa force visuelle.

C’est typiquement le genre de pièce qui rappelle que chez Kerbedanz, la mécanique n’est jamais dissociée de la mise en scène. On ne cherche pas seulement la performance pour le plaisir de la fiche technique. On veut aussi créer une émotion visuelle, une sensation de densité, de puissance, de présence. Comme la flèche l’indique, il suffit de tourner la pièce pour la remonter.
Maximus GR8, ou l’autre visage de la démesure selon Kerbedanz
Après Maximus, Kerbedanz a développé Maximus GR8, qui transpose ce goût du spectacle dans un boîtier beaucoup plus sculptural.

Le boîtier GR8 est l’une des signatures visuelles les plus fortes de la maison. Il mélange des influences tonneau, octogonales et sphériques dans une construction très travaillée qui donne immédiatement une identité forte à la pièce.

Maximus GR8 reprend le grand tourbillon central volant de 27 mm, cette fois dans une configuration à deux minutes. Le calibre KRB08-2 conserve lui aussi l’architecture à quatre barillets en parallèle, avec 54 heures de réserve de marche. La version en titane poli démarre à 220 000 CHF (environ 238 000 euros). Les versions en (vrai) saphir montent à 480 000 CHF (environ 520 000 euros), 530 000 CHF (environ 573 000 euros) pour certaines éditions en saphir bleu, ce qui montre bien à quel point la matière change ici la nature même de la pièce. Pour le remontage, il suffit de relever la pièce au centre du fond et de tourner.
Nous sommes toujours dans une horlogerie spectaculaire, volontaire, sans compromis. Très bien. Mais ce n’est pas là, à mon sens, que se joue le changement le plus intéressant en 2026.
Le vrai tournant de 2026 : des montres plus portables, sans perte d’identité
Pendant longtemps, plusieurs créations Kerbedanz ont parlé à des amateurs de montres puissantes, généreuses, parfois presque sculpturales dans leur rapport au poignet. Cela faisait partie de leur charme, mais cela limitait aussi naturellement leur audience. Nous n’avons pas tous des poignets de pratiquants de cette belle discipline qu’est le « stone lifting » (je sais que vous allez googler ce terme … Mais ayez la politesse de revenir sur le site pour terminer la lecture de cet article).
Avec les nouveautés 2026, la maison semble avoir trouvé une voie beaucoup plus mature : conserver sa singularité tout en travaillant des formats plus portables, plus équilibrés, plus ouverts.
Et cela change beaucoup de choses.
Car il ne s’agit pas ici de réduire des diamètres pour cocher une case ou suivre un mouvement de marché. On sent une vraie réflexion sur l’équilibre, la présence, le confort, et plus largement sur la capacité d’une montre à être désirée pour elle-même, et pas seulement admirée à distance.
Maxspor GR8 41 mm : un chronographe beaucoup plus désirable
La bonne évolution au bon moment
La Maxspor GR8 existait déjà dans une exécution plus imposante, en 46 x 57 mm, avec son architecture GR8 très marquée, son chronographe monopoussoir, que l’on peut même actionner sous l’eau, et son cadran ouvert très travaillé. La montre était intéressante, forte, singulière, mais elle pouvait aussi impressionner un peu trop pour certains poignets.
La nouveauté 2026, c’est l’arrivée d’une Maxspor GR8 en 41 x 50 mm.
Et là, franchement, c’est une excellente nouvelle.

Parce que cette réduction ne ressemble pas à une concession opportuniste. Elle paraît pensée sérieusement, accompagnée d’un nouveau calibre KRB14-2, qui permet de conserver l’esprit de la montre tout en lui donnant un autre équilibre. Le résultat est beaucoup plus portable, beaucoup plus réaliste pour un usage fréquent, sans perdre la tension visuelle qui fait l’intérêt du boîtier GR8.
La version titane poli est annoncée à 36 000 CHF (39 000 euros). La version DLC noir est au même tarif. La version or rose et titane DLC noir monte à 68 000 CHF (74 000 euros). On reste dans des niveaux élevés, bien sûr, mais avec une proposition qui devient nettement plus cohérente commercialement.
Un vrai chronographe indépendant à forte personnalité
Dans le paysage du chronographe indépendant, il n’est pas si simple de proposer quelque chose de vraiment distinctif. Beaucoup tombent dans un excès de design, d’autres dans une technicité un peu froide, d’autres encore dans des codes vus et revus.

La Maxspor GR8 a au moins le mérite d’avoir un vrai caractère. Le chronographe monopoussoir lui donne une élégance mécanique particulière. Son architecture la distingue nettement du reste du marché. Et surtout, en 41 mm, elle devient une montre que l’on peut très sérieusement envisager.
Maxima GR8 : la synthèse la plus convaincante de l’esprit Kerbedanz
Une taille enfin plus universelle
S’il fallait retenir une pièce qui résume le mieux cette nouvelle phase de la maison, ce serait sans doute Maxima GR8.

Pourquoi ? Parce qu’elle condense tout ce qui fait l’ADN de Kerbedanz dans un format enfin plus universel. Le boîtier passe à 39 mm, et ce simple chiffre change déjà énormément de choses. On n’est plus dans la pièce purement démonstrative ou réservée aux amateurs de grands volumes. On entre dans quelque chose de plus équilibré, de plus mature, de plus largement désirable.
Le tourbillon central volant dans un format plus juste
Maxima GR8 embarque un tourbillon central volant automatique à une minute, animé par le calibre KRB13. Deux barillets, 65 heures de réserve de marche, fréquence de 4 Hz, 233 composants : sur le plan mécanique, la montre est extrêmement sérieuse.

La montre garde un vrai spectacle micromécanique, une belle densité visuelle, une identité forte, sans basculer dans la lourdeur. C’est sans doute la pièce où Kerbedanz maîtrise aujourd’hui le mieux sa propre intensité.
Les versions en céramique noire ou blanche sont proposées à partir de 130 000 CHF (140 500 euros). Les versions en saphir incolore sont à 330 000 CHF (357 000 euros), et les versions en saphir bleu ou rose à 370 000 CHF (400 000 euros).

On reste évidemment sur des pièces très exclusives. Mais dans l’univers de Kerbedanz, Maxima GR8 apparaît comme une synthèse particulièrement convaincante entre identité forte, sophistication technique et portabilité réelle.
Les boîtiers en saphir : un sujet que Kerbedanz traite avec sérieux
L’un des échanges intéressants de cette rencontre concerne justement le saphir.
On voit aujourd’hui beaucoup de boîtiers en saphir apparaître dans la haute horlogerie, parfois comme un simple argument visuel, parfois comme un exercice de style plus ou moins maîtrisé. Or, tous les saphirs ne se valent pas et chez Kerbedanz, on revendique de proposer du « vrai » saphir, de celui qui vient fleurter dans les hauteurs de l’échelle de Mohs (graduation qui mesure la dureté de la pierre). Chez Kerbedanz, on sent que le saphir n’est pas là pour faire joli dans un communiqué.
La collection 65’27’’ : la poésie mécanique selon Kerbedanz
Une très belle idée horlogère
S’il y a une proposition qui m’a particulièrement séduit dans cette présentation, c’est bien la 65’27’’.
Et là, pour le coup, Kerbedanz prend un virage particulièrement intéressant. Car cette collection montre une autre facette de la maison. Une facette plus retenue, plus élégante, plus poétique aussi.

Le concept est très beau. Le nom 65’27’’ fait référence au moment précis où l’aiguille des minutes vient s’aligner parfaitement avec l’indication de l’heure, matérialisée par un diamant, toutes les 65 minutes et 27 secondes. À cet instant, la pierre révèle tout son éclat, comme si la montre organisait elle-même un rendez-vous avec la lumière.
Il y a là quelque chose d’intelligent, de raffiné, de presque joaillier dans l’esprit. Cela m’a d’ailleurs fait penser, dans sa manière d’introduire de la poésie dans l’affichage du temps, à certaines créations de Van Cleef & Arpels. La comparaison ne tient évidemment pas à un mimétisme formel, mais à cette volonté commune de faire du temps non seulement une mesure, mais aussi une apparition, un instant de grâce, un petit théâtre discret.
Une montre élégante, subtile et très réussie
La 65’27’’ est techniquement animée par un calibre automatique extra-plat KRB10 A, avec indication concentrique des heures. Mais ici, plus encore que la mécanique, c’est l’idée qui emporte l’adhésion. Kerbedanz réussit à faire une montre à la fois singulière et très lisible, poétique sans être mièvre, précieuse sans devenir lourde.

Et il faut le dire : c’est une très belle réussite esthétique.
Le diamètre de 38 mm lui va parfaitement. Les versions en titane, palladium ou or rose donnent chacune une tonalité différente à la collection. La version titane débute à 30 000 CHF (32 500 euros). La version palladium est à 46 000 CHF (50 000 euros). La version or rose à cadran bleu est à 40 000 CHF (43 000 euros), tandis que la version or rose cognac sertie grimpe à 55 000 CHF (59 500 euros).

J’aime particulièrement cette idée que Kerbedanz, maison connue pour ses démonstrations micromécaniques fortes, soit aussi capable d’une telle retenue. La 65’27’’ ne cherche pas à impressionner frontalement. Elle attire autrement. Et c’est peut-être, au fond, l’une des plus belles preuves de maturité de la marque aujourd’hui.
Une maison qui entre dans une nouvelle phase
Ce que révèle cette rencontre avec Kerbedanz, c’est qu’on a affaire à une maison bien plus intéressante et plus complète qu’on pourrait le croire de loin.
Oui, il y a les grandes pièces spectaculaires. Oui, il y a Maximus, son immense tourbillon, ses quatre barillets. Oui, il y a le goût du geste fort, des volumes assumés, de la présence. Mais il y a désormais autre chose.
Il y a une volonté de construire une vraie collection. Il y a une capacité à faire évoluer les proportions sans perdre l’identité. Il y a peut-être une compréhension plus fine de ce qui rend une montre non seulement impressionnante, mais aussi désirable, portable, crédible dans la durée. La sagesse de la maturité ?
Kerbedanz, bien plus qu’un nom croisé au détour d’un salon
Avant cette rencontre, Kerbedanz était pour moi une marque que je connaissais surtout de nom. Après Time to Watches 2026, ce n’est plus du tout le cas.
J’y ai découvert une maison indépendante de haute horlogerie avec une vraie cohérence, une vraie culture mécanique, un vrai goût des métiers d’art, et surtout une capacité nouvelle à mieux articuler puissance et élégance. Maximus rappelle que Kerbedanz sait frapper fort. Maxima GR8 montre qu’elle sait condenser son identité dans un format beaucoup plus juste. Maxspor GR8 en 41 mm ouvre une voie très pertinente dans le registre du chronographe. Quant à la 65’27’’, elle apporte à l’ensemble une dimension poétique et précieuse particulièrement séduisante.
En clair, Kerbedanz n’est pas seulement une maison confidentielle intéressante. C’est une marque qui mérite aujourd’hui d’être regardée avec beaucoup plus d’attention.