Maison Alcée x MB&F : Nostromo, une créature mécanique à assembler soi-même

Au dernier salon Time to Watches, à Genève, j’avais passé un moment sur le stand de Maison Alcée. J’y avais découvert plus en détail un concept que je connaissais déjà et que je trouve particulièrement réussi : proposer à des passionnés d’horlogerie de monter eux-mêmes une véritable horloge mécanique.
Au cours de la discussion, Benoît Montfort m’avait glissé qu’une collaboration assez intéressante se préparait, sans évidemment pouvoir m’en dire davantage. Un détail m’était alors passé au-dessus de la tête : il avait remarqué la M.A.D.1 Red que je portais au poignet et nous avions parlé de MB&F et de M.A.D.Editions.
Quelques mois plus tard, je comprends mieux pourquoi mon poignet avait retenu son attention.
Maison Alcée et MB&F dévoilent aujourd’hui Nostromo, une horloge mécanique en kit dessinée par Maximilian Maertens, designer chez MB&F, et fabriquée par Maison Alcée. Une drôle de créature à trois pattes inspirée de l’univers d’Alien, que son propriétaire reçoit non pas terminée, mais en 222 composants à assembler lui-même.

Maison Alcée : devenir horloger le temps d’une construction
Fondée en 2021 par Alcée et Benoît Montfort, Maison Alcée s’est lancée avec une idée assez inhabituelle dans l’univers horloger : au lieu de livrer une horloge terminée, la maison donne à son propriétaire les moyens de la construire.
Sa première création, Persée, compte 233 composants. Roues, pignons, platines, aiguilles… Le client assemble progressivement son horloge en suivant un imposant livre de 250 pages.
Pour avoir pu découvrir l’ensemble à Genève, le soin apporté au concept va bien au-delà du simple fait de mettre des pièces dans une jolie boîte. Le coffret est beau, les outils sont fournis et le manuel mérite presque à lui seul qu’on s’y attarde. Il est très illustré et décompose chaque étape avec suffisamment de précision pour permettre à quelqu’un qui n’a jamais travaillé sur un mouvement de se lancer.
Des QR codes donnent accès à des vidéos complémentaires et Maison Alcée propose également une assistance lorsqu’un propriétaire se retrouve bloqué.

C’est important, car Persée n’est pas un Lego pour amateur de montres. On manipule de vraies pièces horlogères et la construction demande de la patience et de la précision.
Alcée Montfort le résume d’ailleurs très bien : « Nous ne voulions pas créer un jouet pour adultes. »
L’idée consiste plutôt à rendre accessible une expérience qui reste normalement réservée aux horlogers : comprendre progressivement comment fonctionne un mouvement parce qu’on l’a soi-même construit.
Le concept a valu à Maison Alcée le Prix de l’Audace au Grand Prix d’Horlogerie de Genève en 2023.
Une rencontre avec MB&F qui n’a finalement rien d’étonnant
La collaboration autour de Nostromo ne sort pas complètement de nulle part. La M.A.D.Gallery a été la première boutique à soutenir le concept de Maison Alcée.
Et lorsqu’on connaît un peu les deux univers, on comprend facilement ce qui a pu les rapprocher.
MB&F n’a jamais beaucoup aimé regarder l’horlogerie sous l’angle traditionnel. Ses Horological Machines ressemblent parfois davantage à des vaisseaux, des animaux ou des machines fantastiques qu’à des montres. Les créations présentées à la M.A.D.Gallery poussent encore plus loin cette fascination pour les objets mécaniques, cinétiques et souvent franchement ludiques.

Maison Alcée aborde les choses autrement, mais on retrouve le même plaisir de la mécanique. La différence est que son client ne se contente pas de la regarder fonctionner : il met les mains dedans.
Pour les 15 ans de la M.A.D.Gallery, les deux maisons ont donc imaginé un nouveau kit.
Et plutôt que de simplement changer quelques couleurs sur Persée et d’y apposer un logo MB&F, elles ont créé une créature complètement différente.
Nostromo : un peu de Maison Alcée, beaucoup d’Alien
La base mécanique reste proche de celle de Persée. Mais Maximilian Maertens a littéralement changé le point de vue.
L’horloge a été basculée sur le côté puis installée sur trois pieds aux formes organiques. Son corps peut pivoter sur ces pieds, tandis que le cadran se relève légèrement afin de rester lisible lorsqu’on la regarde posée sur un bureau.

L’ensemble évoque immédiatement une petite créature mécanique.
Ce n’est pas un hasard.
Maximilian Maertens revendique son goût pour le travail de H.R. Giger, l’artiste suisse qui a imaginé l’univers visuel d’Alien. Le nom choisi achève de lever le doute : le Nostromo est le vaisseau spatial à bord duquel se déroule une bonne partie du premier film de Ridley Scott.
L’inspiration reste toutefois suffisamment légère pour que l’objet conserve l’identité de Maison Alcée. Il ne s’agit pas de fabriquer une figurine Alien dotée d’un mouvement mécanique, mais de donner une personnalité complètement différente à l’architecture existante.
Le cadran a lui aussi été profondément retravaillé. Son ancienne construction sous forme d’anneau laisse place à plusieurs éléments distincts, ce qui dégage davantage la vue sur le mouvement.
On retrouve également le bleu paon emblématique de la M.A.D.Gallery, tandis que les aiguilles noircies renforcent le contraste avec les rouages.
Le résultat fonctionne particulièrement bien : Nostromo ressemble à un objet MB&F sans que Maison Alcée disparaisse derrière la collaboration.
Un alien livré en 222 morceaux
C’est évidemment lorsqu’on ouvre la boîte que Nostromo prend tout son sens.
L’horloge arrive sous la forme de 222 composants. Seul l’organe régulateur a déjà été assemblé.

Maison Alcée estime qu’une dizaine d’heures sont nécessaires pour arriver au bout du montage, y compris pour un amateur qui n’a encore aucune expérience horlogère.
Le mouvement affiche les heures, les minutes et les secondes et dispose également d’une alarme que l’on peut activer ou désactiver. Sa réserve de marche atteint 14 jours.
L’acheteur retrouve le principe d’accompagnement développé pour Persée, notamment avec le manuel de 250 pages et les contenus vidéo accessibles par QR codes. Le livre a évidemment été adapté aux particularités de cette nouvelle architecture.

Chez MB&F, on a l’habitude de découvrir des machines mécaniques aussi spectaculaires qu’improbables. Mais, cette fois, une partie du travail revient au collectionneur.
Avant de pouvoir poser Nostromo sur son bureau, il faut la construire.
Construire son objet plutôt que simplement le posséder
C’est ce qui m’avait particulièrement plu chez Maison Alcée lorsque j’avais découvert leurs produits à Time to Watches.

On peut évidemment acheter une très belle horloge mécanique déjà terminée. Mais passer plusieurs heures à manipuler ses composants, comprendre où vient se placer une roue, installer un pont puis voir progressivement le mouvement prendre vie change forcément la relation que l’on entretient ensuite avec l’objet.
Maison Alcée ne cherche d’ailleurs pas à simplifier l’expérience au point de la rendre artificielle. Elle cherche plutôt à rendre accessible quelque chose qui ne l’était pas.
Avec Nostromo, cette idée rencontre parfaitement l’univers MB&F.
L’objet terminé est amusant, étrange et très mécanique. Mais pour l’obtenir, il faudra d’abord passer quelques heures les mains dans les rouages.
Et après cette annonce, une petite chose est désormais certaine : la prochaine fois que Benoît Montfort regardera avec insistance la montre que je porte à Time to Watches, je lui poserai probablement quelques questions supplémentaires.
Maison Alcée x MB&F Nostromo : caractéristiques
Édition : 50 exemplaires
Composants : 222
Temps de montage annoncé : environ 10 heures
Fonctions : heures, minutes, secondes et alarme activable ou désactivable
Réserve de marche : 14 jours
Dimensions : 160 × 135 × 123 mm
Poids : 760 g
Matériaux : acier inoxydable 316, laiton et maillechort





