Trilobe Trente-Deux 2026 : une collection qui prend de l’épaisseur
Avec Trente-Deux, Trilobe n’a pas simplement ajouté une référence de plus à son catalogue. La maison parisienne a posé une collection à part, avec une vraie silhouette, un affichage immédiatement identifiable, un mouvement manufacture et une vision assez claire de ce qu’elle veut défendre. Dans une horlogerie saturée de citations, de clins d’œil et de montres qui se ressemblent à force de vouloir rassurer tout le monde, cela compte.
À Watches & Wonders 2026, Trilobe ne change pas de registre. La maison enrichit la ligne avec de nouvelles couleurs, introduit une version en or rose sur bracelet caoutchouc, et pousse plus loin l’idée de personnalisation avec la déclinaison Secret. La manœuvre est simple : consolider une base déjà solide, sans casser ce qui faisait l’intérêt initial de la collection.
Une montre avec son propre langage
Trente-Deux ne donne pas l’impression d’avoir été dessinée pour répondre à une tendance. Son identité repose d’abord sur son architecture. Le boîtier de 39,5 mm, composé de sept éléments, développe une silhouette sculptée, tendue, avec trois niveaux chanfreinés, des ailettes latérales asymétriques et une lunette cannelée au profil particulier, alternant arêtes polies miroir et creux microbillés.

On n’est pas simplement face à une boîte bien exécutée. On est face à une construction pensée comme un ensemble cohérent, avec une vraie relation entre volumes, surfaces et perception de la lumière. À l’échelle de l’horlogerie contemporaine, cela suffit déjà à distinguer la montre de beaucoup de productions interchangeables.
Le bracelet intégré en acier, ou le caoutchouc structuré des nouvelles versions en or rose, prolonge cette logique. Rien ne semble ajouté après coup. La montre parle d’un seul bloc.
Trente-Deux, un nom qui raconte quelque chose
Le nom de la collection n’a pas été choisi pour son seul pouvoir évocateur. Trente-Deux, c’est l’adresse du studio de création et de l’atelier parisien de la maison. C’est aussi le nom de code interne utilisé pendant plus de trois ans de développement. Le chiffre n’est donc pas là pour donner un supplément d’âme marketing à un projet déjà chargé en discours. Il renvoie à un lieu, à une méthode, à une durée.
Ce détail dit quelque chose d’important sur Trilobe. La maison ne cherche pas seulement à proposer une montre originale. Elle cherche à installer un territoire. Paris, la fabrication interne, la maîtrise progressive des différentes étapes, la volonté de ne pas dépendre entièrement des schémas suisses traditionnels : c’est ce cadre-là qui donne du sens à Trente-Deux.
Les nouveautés 2026 : plus de nuances, plus de densité
L’extension 2026 repose d’abord sur l’arrivée de deux nouveaux cadrans, argent et vert, aux côtés des bleus et gris déjà connus. Le mouvement n’est pas spectaculaire, mais il est bien vu. Le vert, surtout, fonctionne très bien avec cette montre. Il accentue son côté minéral, sa profondeur, sa présence un peu froide et presque hypnotique.

L’autre nouveauté importante est l’arrivée d’un boîtier en or rose 18 ct, associé à un bracelet caoutchouc. Ce passage à la matière précieuse ne se limite pas à un changement de gamme. La montre change vraiment d’allure. L’or rose apporte de la chaleur, une présence plus sensuelle, une lecture plus charnelle du dessin. Le caoutchouc évite à l’ensemble de durcir dans une élégance trop précieuse ou trop figée. La montre garde du mouvement, du confort visuel, une forme de souplesse. Le dosage est maîtrisé. C’était le point sensible.

Le bracelet fait partie du projet
Sur Trente-Deux, le bracelet n’est pas traité comme une variable secondaire. Le bracelet acier 316L prolonge la géométrie du boîtier avec des maillons satinés et biseautés, des intermaillons polis miroir qui reprennent le motif Trilobe, et une double boucle déployante sans poussoirs apparents, activée par lame ressort.

Il faut insister là-dessus : cette montre ne fonctionnerait pas de la même manière avec un bracelet générique. Le bracelet participe à la personnalité de l’objet, à son confort visuel, à son équilibre.
Le caoutchouc des versions or rose suit la même logique. Rainures verticales, texture légère, continuité de dessin avec le boîtier, présence discrète du petit canard moulé à l’intérieur comme clin d’œil maison à l’étanchéité : tout cela contribue à donner au caoutchouc une fonction autre que purement pratique.
Un affichage qui reste l’une des vraies signatures de Trilobe
Le principe Trilobe est connu : trois anneaux rotatifs pour les heures, les minutes et les secondes, lus par des repères fixes, tous placés dans le même plan. L’idée aurait pu rester purement théorique. Ce n’est pas le cas. La collection prouve à nouveau que cet affichage peut être original sans tomber dans l’exercice de style illisible.

La lecture conserve une part d’apprentissage, évidemment, mais elle reste naturelle après quelques minutes. Surtout, elle produit une profondeur visuelle que les affichages conventionnels n’ont pas. Le disque des secondes, avec son mélange d’azurage et de guillochage Clous de Paris, ajoute encore une couche de matière sans alourdir l’ensemble.
Ce point est important : la montre a du caractère sans virer au gadget. Dans ce segment, c’est loin d’être systématique.
X-Nihilo : un mouvement qui porte réellement le projet
Trilobe équipe l’ensemble de la collection avec son calibre X-Nihilo, présenté comme son premier mouvement manufacture. Conception, développement, prototypage, fabrication, décoration et assemblage sont annoncés comme réalisés en interne à Paris. Le discours est ambitieux, mais il repose ici sur quelque chose de tangible.

Le mouvement automatique tourne à 28 800 alternances par heure, compte 34 rubis, 218 composants, et offre 42 heures de réserve de marche. Son diamètre de 35,2 mm pour 7 mm d’épaisseur lui permet d’occuper intelligemment l’espace.
Mais l’intérêt du X-Nihilo n’est pas seulement dans ses chiffres. Il est dans son architecture. L’organisation autour d’un îlot central, l’ouverture du champ visuel, la mise en scène du balancier surélevé : tout cela montre que Trilobe n’a pas conçu un moteur neutre pour accompagner un beau cadran. Le mouvement prolonge le discours esthétique de la montre.
Des finitions qui donnent du poids au propos
C’est sans doute là que la collection franchit un cap. Trilobe n’en reste plus au stade de la bonne idée bien dessinée. La maison travaille aussi la qualité d’exécution du mouvement : ponts satinés à la main, grenaillage plus ou moins prononcé, vis et rubis soulignés par des pourtours concaves polis diamant, roues rhodiées à finition circulaire, rotor mêlant soleillage et grenaillage, sur une base de finition 5N or appelée à évoluer avec le temps.

Ce travail sur les textures et les contrastes donne au fond saphir un vrai intérêt. Il ne s’agit plus seulement de montrer un mouvement maison, mais de justifier le regard qu’on lui porte.
La version Secret, plus intime que décorative
La Trente-Deux Secret pousse la personnalisation dans une direction plus intime. Chaque cadran est réalisé à la commande sous la forme d’une carte céleste personnalisée, construite à partir d’une date, d’une heure et d’un lieu choisis par le client.
Le risque de ce genre de proposition est connu : tomber dans le sentimentalisme de luxe ou dans la personnalisation gadget. Trilobe contourne assez bien l’écueil grâce à une exécution sobre, presque contemplative. Sur les visuels, la montre garde de la tenue. Elle ne donne pas l’impression d’un caprice décoratif greffé à la collection. Elle reste dans le même univers, avec simplement une charge émotionnelle plus explicite.
Ce ne sera pas la version la plus évidente pour tout le monde, mais elle a une cohérence.
Les prix : une ambition assumée
Les versions acier sont annoncées à 17 500 € HT. Les modèles or rose sur caoutchouc montent à 35 500 € HT. Les déclinaisons Secret s’établissent à 21 500 € HT en acier et 39 500 € HT en or rose.
Le positionnement est élevé. Il place Trilobe dans une zone où la comparaison devient sérieuse, parfois sévère. La maison le sait très bien. La différence, ici, c’est qu’elle ne demande pas ce niveau de prix pour une simple variation de cadran appuyée sur une base banale. Elle avance avec un dessin identifiable, un mouvement maison, une fabrication internalisée et un niveau de finition qui cherche clairement à soutenir le discours.
C’est ce qui rend l’ensemble recevable, même pour un regard exigeant.
Fiche technique
Collection : Trilobe Trente-Deux
Boîtier : acier 316L ou or rose 18 ct
Diamètre : 39,5 mm
Épaisseur : 10,15 mm
Lug-to-lug : 46,18 mm
Construction : boîtier en 7 éléments
Étanchéité : 5 bar, soit environ 50 mètres
Glace : saphir avec traitement antireflet multicouche ARDUR
Fond : saphir antireflet
Mouvement : X-Nihilo, manufacture Trilobe
Type : automatique avec masse oscillante
Fréquence : 28 800 alt/h, 4 Hz
Réserve de marche : 42 heures
Rubis : 34
Composants : 218
Affichage : heures, minutes et secondes par anneaux rotatifs avec repères fixes
Cadran : soleillage mat, disque des secondes avec azurage et Clous de Paris guilloché
Bracelet acier : exclusivement livré avec les versions acier
Bracelet caoutchouc : exclusivement livré avec les versions or rose
Garantie : 24 mois

Avec cette mise à jour 2026, Trilobe consolide Trente-Deux sans la diluer. Les nouvelles couleurs enrichissent la collection sans l’éparpiller. L’or rose sur caoutchouc ouvre une lecture plus sensuelle de la montre. La version Secret pousse plus loin la personnalisation sans perdre la ligne générale. Le plus important reste ailleurs : dans la cohérence d’ensemble.
Trente-Deux tient par son dessin, par son bracelet réellement intégré, par son affichage, par son mouvement et par un niveau de finition désormais suffisamment sérieux pour soutenir les ambitions affichées par la maison. Ce n’est plus seulement une proposition originale. C’est une collection qui commence à s’installer.