Quelles montres porte Donald Trump ?

Poursuivons notre tour des montres portées par des personnalités notables avec Donald Trump, 45ᵉ et 47ᵉ président des États-Unis. Un homme dont le rapport à l’horlogerie pose une question fascinante : comment quelqu’un qui a bâti sa marque sur l’excès (tours dorées, jets privés, lettres capitales) peut-il porter au quotidien des montres de 36 mm en or jaune ?
Car voilà le paradoxe : Trump collectionne les garde-temps suisses classiques, souvent plus petits et infiniment plus fins que ce que son personnage public laisserait deviner. Puis, sans transition, il lance une ligne à son nom où la montre redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être dans son univers : un slogan portable.
Les montres de sa collection incluent une Patek Philippe Golden Ellipse d’une délicatesse surprenante, une Vacheron Constantin Historiques Ultra-Fine qui frôle l’invisibilité, et la plus prévisible : une Rolex Day-Date « President » en or jaune. On évoquera également une des montres « Trump Watches » qu’il a lancé lors ses campagnes présidentielles.
Patek Philippe Golden Ellipse 3738 : l’or jaune en mode furtif
Commençons par la scène qui résume tout : Trump jouant au golf avec une Patek Philippe Golden Ellipse au poignet. Pas une montre de sport. Pas un chronographe robuste. Non : une montre habillée, 31 × 35 mm, fine comme une hostie, qui n’a rien à faire sur un green mais qui y est quand même.



La Golden Ellipse, introduite en 1968, est construite autour du nombre d’or (ratio 1:1,618). C’est une montre pour esthètes discrets, pour ceux qui savent que la vraie élégance ne se remarque qu’au second regard. Autant dire : pas vraiment le registre qu’on attendait.
Fiche technique Patek Philippe Golden Ellipse réf. 3738
- Boîtier : or jaune 18 carats
- Forme : elliptique
- Dimensions : environ 31 × 35 mm (oui, vraiment)
- Cadran : bleu soleillé, index et aiguilles en or
- Mouvement : calibre Patek Philippe 240 (micro-rotor, ultra-plat)
- Période : fin des années 1970 jusqu’aux années 2000


Ce qui frappe, c’est la taille. Sur un poignet généreux, cette Ellipse a l’air d’une montre de femme empruntée pour l’après-midi. Mais Trump la porte, et il la porte souvent. Il y a là quelque chose qui échappe à la logique du tape-à-l’œil : un goût réel pour les montres plates, classiques, presque compactes. Le genre qui se glisse sous une manche sans négociation.
Son prix actuel : environ 20 000 euros sur le marché de l’occasion et 61 200 euros pour une version plus récente en or rose (réf. 5738/1R-001).
Vacheron Constantin Historiques Ultra-Fine 1968 : l’architecte au bulldozer
Deuxième pièce remarquable : la Vacheron Constantin Historiques Ultra-Fine 1968, portée notamment durant la campagne de 2016. Sa référence ? 43043/000R-9592, en or rose.

C’est un carré de 35 mm environ, avec un cadran argent satiné vertical, des index fins, des aiguilles bâtons. L’épaisseur ? Environ 2,45 mm de mouvement. On parle d’une montre qui pourrait disparaître sous un timbre-poste.
Fiche technique Vacheron Constantin Historiques Ultra-Fine 1968
- Référence : 43043/000R-9592
- Boîtier : or rose 18 carats (alliage 4N)
- Forme / diamètre : carré, environ 35 mm
- Cadran : argent, finition satinée verticale
- Mouvement : calibre 1120 (ultra-plat, automatique)
- Épaisseur du mouvement : environ 2,45 mm


Là encore, on est loin du costume trois-pièces « power suit » XXXL avec les méga-épaulettes qu’on imaginait. Trump, qu’on décrit volontiers comme un bulldozer, porte une montre d’architecte minimaliste. C’est presque drôle : cette Vacheron est si fine qu’elle se ferait oublier sous n’importe quelle manche, y compris celles taillées pour occuper tout l’espace disponible.
Son prix : comptez 15 000 euros sur le marché de l’occasion.
Rolex Day-Date « President » : enfin, de l’or qui assume
Ici, on retrouve du Trump reconnaissable. La Rolex Day-Date en or jaune, c’est son uniforme horloger. Bracelet President (trois rangs de maillons arrondis, confort royal), guichet jour à 12 h, date à 3 h, et des gros cailloux en guise d’index. Du classicisme fonctionnel en tenue de gala.

Petite précision : le surnom « President » désigne d’abord le bracelet, créé spécifiquement pour la Day-Date. Mais l’usage a fini par contaminer la montre elle-même. Le fait que plusieurs présidents américains en aient porté une n’a fait que renforcer la légende. Quand Rolex raconte une histoire, elle finit toujours par devenir vraie.

Trump porte une Day-Date 36 réf. 118238 (or jaune, cadran champagne). Sur des clichés plus anciens, on évoque aussi une 18038, mais la famille Day-Date est certaine.
Fiche technique Rolex Day-Date 36 réf. 118238
- Boîtier : or jaune 18 carats
- Diamètre : 36 mm
- Affichage : jour en toutes lettres à 12 h, date à 3 h
- Bracelet : President
- Mouvement : calibre Rolex 3155
Trente-six millimètres. Encore. On commence à voir un motif se dessiner : Trump aime l’or jaune, certes, mais il aime aussi les montres qui, techniquement, sont trop petites pour son poignet. Sur ses photos officielles, ces Day-Date ont l’air de montres de transition, comme si on avait oublié de commander la bonne taille. Mais non : c’est un choix répété, assumé.
Combien pour porter la montre de l’homme le plus puissant de la planète ? Comptez environ 25 000 euros sur le marché de l’occasion et 45 600 euros si vous la souhaitez neuve.
Trump Watches : quand le marketing reprend la main
Et puis, lors de sa première campagne présidentielle, est arrivée Trump Watches. Une marque commercialisée sous licence du nom Trump (pas fabriquée par lui ni par la Trump Organization, précisons-le). Le storytelling, lui, est bien trumpien : patriotique, direct, vendeur. Certes, Trump a déjà produit des montres dans le passé, avant sa vie politique, mais nous évoquerons cela dans un autre article.

Dans une vidéo promotionnelle diffusée pendant la présidentielle de 2024, on l’a vu porter un modèle de la collection « Fight Fight Fight », la « Red Beauty ». On est loin des ultra-plates suisses en or : place à la montre-outil patriotique de 42 mm, étanche à 20 ATM, avec lunette tournante et mouvement japonais robuste.
Fiche technique Trump Watches « Fight Fight Fight – Red Beauty »
- Diamètre : 42 mm
- Épaisseur : 12,5 mm
- Boîtier : acier inoxydable
- Lunette : unidirectionnelle 60 minutes, insert aluminium
- Mouvement : TMI NH35 automatique (Seiko)
- Verre : minéral avec traitement « sapphire-coated »
- Étanchéité : 20 ATM
- Prix : environ 420 €
Le NH35, c’est un calibre qu’on retrouve partout : fiable, endurant, sans surprise. Un tracteur mécanique. Ici, il fait le job. La vraie question n’est pas technique, elle est narrative : après des années à porter du Patek et du Vacheron, pourquoi revenir à une montre de série avec son nom dessus ?
Parce que l’horlogerie, chez Trump, a toujours eu deux vitesses : celle du goût personnel (classique, fin, discret), et celle du branding (visible, affirmé, vendable). Les Trump Watches appartiennent à la seconde catégorie. Ce ne sont pas des montres pour les connaisseurs : ce sont des montres pour ceux qui veulent dire quelque chose en les portant.
Un paradoxe en 36 mm
Ce qui rend la collection Trump fascinante, ce n’est pas l’exubérance attendue. C’est le contraste. Pendant des années, il a porté des montres petites, fines, en or jaune certes, mais d’une sobriété quasi monacale pour quelqu’un qui a bâti des casinos et fait graver son nom en lettres capitales sur des gratte-ciels.
La Patek Ellipse fait 31 mm. La Vacheron est carrée et invisible. La Rolex Day-Date fait 36 mm — une taille qui, sur son poignet, donne l’impression d’avoir été choisie pour quelqu’un d’autre. Et pourtant, il les porte. Encore et encore.
Alors oui, il y a maintenant Trump Watches, avec ses 42 mm d’acier et son message politique intégré. Mais même là, on reste loin des chronographes surdimensionnés qu’on aurait pu imaginer.
Au fond, Trump a peut-être compris quelque chose que beaucoup ignorent : une montre n’a pas besoin d’être grande pour être en or. Et l’or, lui, parle toujours assez fort (surtout en ce moment).





