Comment lire un tachymètre sur une montre de sport ?

Le tachymètre : de la fonction pratique au marqueur identitaire
Sur une montre de sport, le tachymètre est ce détail qui attire l’œil avant même que l’on n’ait déclenché le chronographe : une échelle chiffrée sur la lunette ou sur le rehaut, souvent graduée de 60 à 500 (parfois davantage). À mi-chemin entre instrument de bord et signature esthétique, il raconte une époque où la vitesse se mesurait au bruit des moteurs, aux lignes droites des circuits et aux records consignés sur papier. Avant les GPS et les applications, il fallait des outils simples, fiables et immédiats. Le tachymètre est né de cette culture : celle des ingénieurs, des pilotes, des chronométreurs et des passionnés pour qui une seconde n’est jamais “juste” une seconde.
On le retrouve sur des icônes de l’horlogerie sportive, de certains chronographes nés pour la course automobile aux montres de pilotes. Mais au-delà de la légende, il a une fonction très concrète : calculer une vitesse moyenne à partir d’un temps mesuré. Et c’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.
Enfant, dans la cour de récréation, il était de bon ton de « frimer » (ou « flex » comme disent nos jeunes avec leur coupe de cheveux qui les font ressembler à des alpagas) en brandissant son poignet pour montrer son « tachimètre » (oui, on ne savait pas le prononcer dans mon cercle de camarades) … De l’intérêt d’apprendre le latin et le grec ancien car nous aurions su, enfants ignares que nous étions, que tachymètre vient du grec takhýs qui signifie « rapide » et que cela se prononce donc « takimètre » !
Le principe : une formule cachée à la vue de tous

Un tachymètre ne “mesure” pas la vitesse en direct. Il transforme une durée en vitesse moyenne sur une distance connue. Dans l’immense majorité des cas, l’échelle est calibrée pour une distance de 1 kilomètre ou 1 mile. La logique est la suivante :
- Vous mesurez le temps nécessaire pour parcourir une distance donnée (par exemple 1 km).
- Le tachymètre convertit ce temps en vitesse moyenne exprimée en km/h (ou mph).
La formule est celle de l’école, mais rendue élégante par l’horlogerie : vitesse = distance / temps. Comme l’échelle est construite sur une base d’une heure, la conversion la plus utilisée devient :
Vitesse (par heure) = 3600 / temps (en secondes) pour une distance de 1 unité.
Le tachymètre imprime cette conversion directement sur la lunette. Résultat : vous n’avez plus à sortir de calculatrice, il suffit de lire le chiffre qui s’aligne avec l’aiguille des secondes du chronographe.
Où se trouve l’échelle tachymétrique sur une montre

Selon les modèles, le tachymètre peut se situer :
- Sur la lunette : lisible, “outdoor”, très typé sport automobile.
- Sur le rehaut (l’anneau intérieur) : plus discret, souvent sur des chronographes à l’esthétique plus habillée.
- Sur le cadran : parfois sous forme d’échelle périphérique, quand la lunette est déjà dédiée à une autre fonction.
Dans tous les cas, la fonction reste identique, à une condition : la montre doit disposer d’un chronographe (au minimum une aiguille centrale des secondes chronographes).
Comment lire un tachymètre : méthode pas à pas
1) Choisir une distance de référence
Le tachymètre standard est conçu pour une unité : 1 km ou 1 mile. La première étape consiste donc à choisir un parcours dont vous connaissez précisément la distance : une borne kilométrique, un segment de piste, des repères routiers, ou même une distance mesurée sur une piste d’athlétisme (en adaptant ensuite la lecture, on y reviendra).
2) Démarrer le chronographe au point de départ
Au moment exact où vous passez le point “zéro” (départ du kilomètre), déclenchez le chronographe. Sur la plupart des montres, c’est le poussoir supérieur.
3) Arrêter le chronographe au point d’arrivée
À la fin du kilomètre (ou du mile), stoppez le chronographe. L’aiguille des secondes chronographes indique alors un temps.
4) Lire la vitesse sur l’échelle
Regardez où pointe l’aiguille des secondes chronographes sur l’échelle tachymétrique. Le nombre indiqué correspond à la vitesse moyenne sur la distance parcourue.

Exemples concrets (et faciles) pour comprendre
Exemple 1 : 1 km parcouru en 30 secondes
Vous déclenchez au départ, vous arrêtez au kilomètre suivant. L’aiguille s’immobilise à 30 secondes. Sur une lunette tachymétrique, cela correspond généralement à 120. La lecture est immédiate : 120 km/h.
Exemple 2 : 1 km parcouru en 45 secondes
À 45 secondes, l’échelle vous donnera environ 80. Donc 80 km/h de moyenne sur ce kilomètre.
Exemple 3 : 1 mile en 36 secondes
Si votre tachymètre est prévu pour des miles (ou si vous l’utilisez dans ce contexte), 36 secondes renvoie à 100. Vous obtenez donc 100 mph. Dans la pratique, beaucoup de montres ne précisent pas “km/h” ou “mph” : c’est votre distance de référence qui fixe l’unité.
À quoi sert vraiment un tachymètre aujourd’hui ?
La réponse honnête : rarement “par nécessité”. On peut mesurer une vitesse plus facilement avec un téléphone. Mais l’horlogerie ne s’est jamais réduite à l’utilitaire. Le tachymètre reste un pont culturel avec un imaginaire très précis : les rallyes nocturnes, les circuits européens, les instruments de cockpit, la précision mécanique qui transforme le geste en information.
Dans un usage moderne, il peut encore s’avérer pertinent :
- Sur route, pour estimer une vitesse moyenne entre deux repères kilométriques (en passager, évidemment).
- Sur piste ou lors d’événements automobiles, pour “chronométrer” un segment et en déduire une vitesse.
- En sport (vélo, course), à condition d’adapter la distance et d’interpréter la lecture correctement.
Adapter le tachymètre à une autre distance : la règle des multiples
Le tachymètre standard suppose 1 unité. Mais vous pouvez l’utiliser sur 0,5 km, 200 m, etc., en appliquant une logique simple : si la distance est différente, la lecture doit être corrigée proportionnellement.
Cas pratique : 0,5 km (500 m)
Si vous mesurez le temps sur 0,5 km, la vitesse réelle sera la moitié de la valeur lue (puisque vous n’avez parcouru que la moitié de la distance de référence). Exemple : vous lisez 120 sur la lunette après 15 secondes sur 500 m ; la vitesse moyenne sur 1 km serait 240 km/h, mais votre vitesse sur 500 m correspond à 120 km/h si vous avez calibré mentalement l’exercice sur 0,5 km. En pratique, mieux vaut utiliser directement 1 km lorsque c’est possible pour éviter toute confusion.
Cas pratique : 100 m
Un tachymètre peut théoriquement donner une cadence ou une vitesse sur une distance courte, mais la correction devient moins intuitive. Sur 100 m (0,1 km), la vitesse réelle est un dixième de la valeur lue si l’échelle est km/h. C’est faisable, mais ce n’est pas l’usage le plus “naturel” de l’outil.
Les erreurs les plus fréquentes à éviter
- Oublier que c’est une moyenne : le tachymètre ne donne pas une vitesse instantanée, mais une vitesse moyenne sur la distance mesurée.
- Utiliser une distance imprécise : si votre “kilomètre” est en réalité 900 m, le résultat sera faussé.
- Lire au-delà d’une minute : la plupart des tachymètres standards fonctionnent de manière lisible tant que le temps mesuré est inférieur à 60 secondes (sinon, la vitesse tombe sous 60 unités/heure et l’échelle n’est plus adaptée).
- Confondre km/h et mph : l’échelle ne change pas, c’est la distance de référence qui fait l’unité.
Le tachymètre comme signature de style
Pourquoi tant de montres conservent-elles une échelle tachymétrique, même lorsque leur propriétaire ne l’utilisera jamais ? Parce qu’elle “habille” la montre comme une bande blanche sur un pneu vintage : c’est un code. Elle impose une lecture périphérique, densifie le visage du chronographe, souligne son ADN sportif. Sur une lunette, elle apporte cette présence graphique qui rappelle les instruments de mesure d’une autre époque, lorsque l’élégance passait aussi par la capacité à quantifier le monde.
Comprendre comment lire un tachymètre, c’est donc plus qu’apprendre une astuce : c’est entrer dans une culture. Une manière de renouer, le temps d’un kilomètre, avec l’idée que la vitesse n’est pas seulement un chiffre, mais un récit, celui d’une aiguille qui court, d’un moteur qui monte dans les tours, et d’une montre qui, elle aussi, mérite d’être “pilotée”.





