Quelles montres portent Bigflo et Oli ?

Détails de montres bigflo oli

J’étais récemment au Festival Musilac, à Aix-les-Bains, sur les bords du lac du Bourget. Malgré les hectolitres de bière ingurgités, mon œil a été attiré au cours de la soirée par les poignets des deux artistes sur scène : Bigflo et Oli.

Oli portait une montre couleur or jaune dont le cadran ne ressemblait à rien de très conventionnel. Pas d’aiguilles visibles, mais plusieurs petits guichets disposés sur une large plaque métallique. À côté de lui, le poignet plutôt fin de Bigflo brillait fort : la montre semblait entièrement sertie de diamants.

Ma première pensée a été assez terre à terre : porter une montre aussi voyante dans un festival me paraissait tout de même un peu risqué quand on sait que même GMK, 140 kilos sur la balance et taillé comme un orque du Mordor, s’est déjà fait voler à l’arraché une Richard Mille à 500 000 euros à Cannes (ce qui ne risque pas de se produire à Monaco, son fief).

Les recherches menées après le concert m’ont permis d’y voir plus clair. Oli porte une Gucci Grip YA157403, une montre à quartz dorée au dessin très particulier. Bigflo portait pour sa part sa Rolex intégralement sertie (après achat a priori), et possède notamment une étonnante Audemars Piguet Bamboo des années 1980 en or jaune et diamants.

Ces montres donnent surtout accès à une facette plus personnelle des deux frères. Elles racontent leur milieu d’origine, leur rapport à l’argent et les deux manières assez différentes dont ils vivent leur réussite (pleinement méritée).

Bigflo et Oli : deux frères, deux rapports aux montres

Bigflo et Oli, de leurs vrais prénoms Florian et Olivio, ont grandi à Toulouse dans une famille modeste. Leur ascension a été rapide, mais elle n’a pas effacé leur rapport initial à l’argent.

Dans une interview consacrée à leurs goûts horlogers, les deux frères racontent que la première montre offerte à Bigflo était une Michael Kors achetée environ 130 euros. À l’époque, aller la chercher aux Galeries Lafayette leur avait donné l’impression d’acheter une voiture. La somme paraît aujourd’hui dérisoire au regard des pièces portées par Bigflo, mais ce souvenir permet de comprendre ce que la montre représentait alors : la preuve matérielle que leur vie était en train de changer.

Bigflo a depuis largement développé son goût pour l’horlogerie. Il aime les pièces voyantes, les diamants, l’or et les montres anciennes qui portent une histoire. Il possède notamment une Piaget, une Rolex au cadran tropical, une Rolex entièrement sertie et cette fameuse Audemars Piguet Bamboo.

Oli entretient un rapport beaucoup plus réservé avec le luxe. Il peut apprécier le dessin ou la dimension artistique d’une montre, mais l’idée de dépenser plusieurs milliers d’euros dans un objet lui pose problème. Il pense immédiatement à ses amis ou aux gens qu’il côtoie qui rencontrent des difficultés financières. Cette gêne l’a déjà conduit à renoncer à certaines montres qui lui plaisaient réellement.

Cela ne signifie pas qu’Oli porte uniquement une Casio à 40 euros. Sa Gucci Grip valait environ 1 900 euros lors de son lancement. Mais on reste assez loin des montres en or et diamants choisies par son frère.

La montre d’Oli : une Gucci Grip YA157403

Comment choisir montres bigflo oli

La montre « couleur » or jaune portée par Oli est une Gucci Grip, référence YA157403. Son identification ne laisse guère de doute : on retrouve le boîtier carré aux angles arrondis, les trois guichets blancs et le bracelet métallique couvert du célèbre motif GG.

Précision importante : cette Gucci n’est pas en or massif. Son boîtier et son bracelet sont réalisés en acier inoxydable recouvert d’un traitement PVD couleur or jaune.

La Grip a été lancée en 2019 sous la direction artistique d’Alessandro Michele. Son nom fait référence au grip tape, la surface abrasive collée sur les planches de skateboard pour permettre aux chaussures d’adhérer au deck. La montre était d’ailleurs présentée comme un modèle unisexe, ce qui explique ses dimensions relativement contenues et son bracelet très près du poignet.

Un cadran sans aiguilles

Vue rapprochée de montres bigflo oli

La particularité de la Gucci Grip vient surtout de son affichage. À la place du cadran traditionnel et de ses aiguilles, la montre utilise trois disques rotatifs visibles à travers trois ouvertures.

Le grand guichet supérieur affiche les heures, celui placé juste en dessous indique les minutes, tandis que l’ouverture ronde située à 6 heures donne la date. Il suffit donc de lire les chiffres placés face aux petits triangles rouges.

Le système est simple, mais il donne à la montre une apparence inhabituelle, quelque part entre une ancienne balance mécanique, un compteur des années 1970 et un accessoire de mode rétrofuturiste. De loin, c’est précisément cette façade dorée presque entièrement fermée qui m’avait intrigué à Musilac.

À quoi ressemble montres bigflo oli

Caractéristiques de la Gucci Grip d’Oli

La Gucci Grip YA157403 possède un boîtier de 35 × 35 mm pour seulement 6 mm d’épaisseur. Son format carré la rend plus présente qu’une montre ronde de diamètre équivalent, sans paraître massive.

Elle fonctionne avec un mouvement suisse à quartz et affiche les heures, les minutes et la date. Le verre est en saphir, l’étanchéité atteint 30 mètres et le bracelet en acier doré se ferme avec une boucle déployante.

Son prix de lancement était de 1 750 francs suisses. Le modèle n’étant plus au cœur du catalogue Gucci, on le retrouve désormais surtout sur le marché secondaire, souvent à des prix nettement inférieurs.

Modèle : Gucci Grip
Référence : YA157403
Lancement : 2019
Boîtier : acier avec traitement PVD couleur or jaune
Dimensions : 35 × 35 mm
Épaisseur : 6 mm
Mouvement : quartz suisse
Fonctions : heures, minutes et date par disques rotatifs
Verre : saphir
Bracelet : acier avec traitement PVD doré et motifs GG
Boucle : déployante
Étanchéité : 30 mètres
Prix de lancement : 1 750 CHF (environ 1 900 euros)

La Grip est une montre de mode, au sens premier du terme. Son intérêt ne réside pas dans un mouvement compliqué ou dans une grande tradition horlogère, mais dans un dessin immédiatement identifiable. Au poignet d’Oli, elle est originale sans afficher le prix d’un appartement.

La Rolex entièrement sertie de Bigflo

Vue rapprochée de montres bigflo oli

Bigflo a été vu à plusieurs reprises avec une Rolex en acier blanc entièrement recouverte de diamants, depuis le cadran jusqu’au bracelet. La montre semble être une Datejust de 36 mm, probablement en acier, même si les images ne permettent pas de confirmer précisément sa référence ni la configuration d’origine.

Le bracelet à cinq mailles ressemble à un Jubilee, caractéristique très courante sur la Datejust. On distingue également la date à 3 heures, tandis que rien ne permet d’identifier le guichet du jour que l’on trouverait sur une Rolex Day-Date.

La montre n’est donc vraisemblablement pas une Day-Date en or gris, mais plutôt une Datejust transformée après sa sortie des ateliers Rolex.

Un sertissage réalisé après l’achat

Vue rapprochée de montres bigflo oli

Le sertissage est dit aftermarket, c’est-à-dire réalisé par un atelier indépendant après l’achat de la montre. Rolex n’a pas livré cette pièce dans cette configuration.

Cela change beaucoup de choses pour un amateur. Une Rolex sertie en usine conserve une cohérence de fabrication, une traçabilité et une valeur de collection propres à la marque. Une montre transformée dépend entièrement de la qualité du travail réalisé ensuite : choix des pierres, régularité du pavage, quantité de métal retirée et état général de la boîte et du bracelet.

Montres bigflo oli

Le résultat porté par Bigflo remplit parfaitement sa mission visuelle. Sous les projecteurs, chaque mouvement du poignet accroche la lumière. En revanche, il est impossible d’en déterminer sérieusement la valeur sans connaître la référence de départ, la nature exacte des pierres et l’identité de l’atelier ayant effectué le sertissage mais on pourrait estimer sa valeur entre 11 000 et 15 000 euros. La fourchette paraît plausible pour une Datejust en acier transformée et entièrement pavée, mais elle doit rester présentée comme une estimation, pas comme une cote officielle.

Montres bigflo oli

Cette montre correspond parfaitement au goût revendiqué par Bigflo. Il explique aimer les pièces qui brillent, les pierres précieuses et les objets capables de matérialiser une réussite longtemps jugée inaccessible.

L’Audemars Piguet Bamboo de Bigflo

Bigflo possède également une Audemars Piguet Bamboo vintage, une pièce des années 1980 dont il parle lui-même avec enthousiasme.

Détails de montres bigflo oli

La Bamboo possède un bracelet intégré très brillant, entièrement réalisé en or jaune, dont les maillons articulés rappellent les segments d’une tige de bambou. Certaines versions reçoivent également des diamants sur le cadran, la lunette ou le bracelet.

L’exemplaire de Bigflo semble associer or jaune et diamants, mais sa référence exacte ne peut pas être déterminée à partir des images disponibles. Il serait donc imprudent d’annoncer un calibre, un diamètre ou une estimation précise.

Une Audemars Piguet loin de la Royal Oak

Comment choisir montres bigflo oli

L’intérêt de cette montre tient justement au fait qu’il ne s’agit pas d’une Royal Oak. Audemars Piguet a produit dans les années 1980 et 1990 de nombreuses montres joaillières aux formes très libres, souvent équipées de petits boîtiers et de bracelets extrêmement travaillés.

La Bamboo appartient à cette période. Elle ressemble davantage à un bijou articulé donnant l’heure qu’à une montre sportive moderne. Son boîtier est relativement petit, mais l’or, les diamants et la construction du bracelet lui donnent une présence importante.

Bigflo possède donc une pièce beaucoup plus intéressante qu’une simple montre de rappeur achetée parce qu’elle était chère. La Bamboo traduit un véritable goût pour l’horlogerie vintage et pour des modèles qui ne sont pas forcément reconnus par le grand public.

Cette curiosité se retrouve dans sa Rolex tropicale, dont le cadran s’est décoloré et patiné sous l’effet du soleil. Ce type d’altération était autrefois considéré comme un défaut. Il est aujourd’hui recherché par les collectionneurs, chaque cadran ayant évolué de manière différente.

Bigflo assume le brillant, Oli se méfie de ce qu’il représente

La discussion entre les deux frères au sujet des montres va bien au-delà des marques et des prix.

Oli reproche parfois à Bigflo ses achats coûteux. Dépenser autant dans une montre lui paraît difficile à justifier lorsqu’il pense aux personnes qui galèrent autour de lui. Il peut aimer un objet, son histoire et son esthétique, puis décider de ne pas l’acheter à cause de ce qu’il renvoie socialement.

Il a notamment raconté avoir hésité devant une montre liée à Salvador Dalí, vendue autour de 6 000 euros, avant de renoncer. Une Piaget inspirée par un autoportrait d’Andy Warhol lui plaisait également beaucoup. Là encore, son intérêt artistique n’a pas suffi à lever son malaise face au prix.

Bigflo vit les choses autrement. Issu du même milieu modeste, il a longtemps vu la montre comme un objectif et comme la preuve qu’il avait réussi à atteindre un monde dont il se sentait éloigné. Acheter la pièce dont il rêvait lui a permis de s’autoriser cette réussite et de prendre confiance en lui.

Il ne cherche d’ailleurs pas vraiment à se justifier. Il reconnaît aimer ce qui brille et continuer à acheter des montres. Il admet aussi avec lucidité que les objets ne règlent ni le besoin de reconnaissance ni les problèmes plus profonds. Le plaisir reste réel, mais il ne lui attribue plus le pouvoir de tout réparer.

Les points clés de montres bigflo oli
La Piaget de Bigflo

Cette différence entre les deux frères est assez révélatrice. Oli surveille constamment la portée sociale de ses achats. Bigflo s’autorise davantage à profiter de ce qu’il a gagné, tout en sachant que le sentiment de réussite ne se résume pas à un cadran pavé de diamants.

Des montres qui racontent leur histoire

La Gucci Grip d’Oli et les montres de Bigflo pourraient facilement être réduites à une opposition entre une pièce de mode abordable et des bijoux horlogers beaucoup plus chers. Leur histoire est plus intéressante.

Oli porte une montre originale, très dessinée, mais relativement raisonnable au regard de leurs revenus. Elle correspond à son goût pour les objets artistiques et à sa méfiance envers les démonstrations trop appuyées de richesse.

Bigflo préfère les montres chargées d’or, de diamants et d’histoire. Sa Rolex sertie matérialise ouvertement la réussite. Son Audemars Piguet Bamboo et sa Rolex tropicale montrent toutefois qu’il ne choisit pas uniquement en fonction de la quantité de pierres ou du prestige inscrit sur le cadran.

En creusant un peu, on découvre deux manières de gérer la célébrité après avoir grandi avec peu de moyens. Oli reste embarrassé par ce que l’argent montre. Bigflo s’accorde le droit de porter ce dont il rêvait, quitte à reconnaître ensuite que la confiance ne s’achète pas entièrement chez un horloger.

… Au-delà de ces considérations horlogères, il faut saluer le talent de ces deux artistes sincères, bienveillants et excellents sur scène.

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